Les rêves dans la psychanalyse

On entend souvent dire : « j’ai rêvé cette nuit mais ça n’avait aucun sens ! » Si vous partagez cette opinion, vous pouvez cesser votre lecture ici.

En effet, les « barbus » de la psychanalyse ne sont pas d ‘accord avec ça.

 


Dans cet article nous présenterons :

  • Les rêves dans l’histoire de la psychanalyse
  • La controverse entre S. Freud et CG. Jung
  • Les différentes méthodes d’interprétation

Les rêves dans l’histoire de la psychanalyse

 

Saviez-vous que l’interprétation des rêves est restée interdite par la loi française jusqu’en 1992, résidu de l’ancien Code Napoléon en vigueur jusqu’à cette date ?!

« Punit de l’amende prévue pour les contraventions de la 3ème classe les gens qui font métier de deviner, de pronostiquer, ou d’expliquer les songes. » (article R.34, 7°).

 

Trois éléments ont permis l’émergence de ce que l’on pourrait appeler la « science des rêves » :

a – A la faveur de l’affaiblissement du pouvoir de l’église au 19ème siècle, l’intérêt pour les rêves renaît. Vous ne le saviez peut-être pas, mais l’église en interdisait l’interprétation !

b – La notion d’inconscient apparaît au 19ème si Allemagne (thèse en psychologie de E. Colsenet – 1880),

c – L’émergence de la théorie du sommeil qui dit que le rêve est un phénomène exclusivement psychique (E. J. Marey – 1830 – 1904)… même si nous avons vu que le rêve a une fonction biologique dans notre article « Pourquoi rêvons-nous ?« .

 

Il n’en a pas fallu plus à notre 1er « barbu », le docteur S. Freud, pour publier en 1900 son Interprétation des rêves.

Il a commencé son auto-analyse par les rêves dès 1897. Pour lui, le rêve est « le gardien du sommeil », il censure nos souhaits, nos désirs inavouables ! Et oui ! On comprend mieux la nécessite de censure de l’église…

 

Dès 1909, S. Ferenczi, formé par S. Freud a écrit Interprétation scientifique des rêves, détaillée plus tard dans d’autres écrits éparses (son décès intervenu trop tôt ne lui a pas permis de tout réunir en un seul ouvrage). Pour lui, le rêve est l’expression des traumas que nous avons vécus. Leur interprétation permet de les surmonter.

 

En 1911, A. Adler, le 1er collaborateur de S. Freud, a pris son indépendance. Pour lui, le rêve est une création tournée vers l’avenir et vers la réalisation d’un désir de puissance.

 

En 1914, C.G. Jung, 1er défenseur de S. Freud, démissionne de la présidence de l’Association Internationale de Psychanalyse. Il élabore sa propre théorie sur le sens des rêves. Pour lui, contrairement à S. Freud, la spiritualité n’est pas un avatar des pulsions sexuelles, mais une pulsion naturelle.

Il participe du processus d’individuation (processus par lequel nous nous développons psychiquement).

 

C’est en 1953 que J. Lacan poursuit l’œuvre de S. Freud en redécouvrant le rôle de la sémantique dans l’interprétation des rêves.

Les mots à double sens que vous connaissez bien ! Par exemple : un ver qui pourrait représenter un verre, ou bien un genou qui représenterait l’articulation entre l’individu (Je) et la société (Nous), etc.

En effet, S. Freud avait publié Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient mais, cet ouvrage ayant eu peu de succès, il n’avait pas poursuivi cette voie d’exploration. Il faut toujours avoir confiance en ses intuitions ! N’oubliez jamais cela et vous vous développerez…

 

Dans les années 1960, la découverte du sommeil paradoxal a renforcé l’intérêt pour le rêve. En effet, il se produit durant ces phases de nos nuits.

 

Vous allez au cinéma toutes les nuits et vous ne le saviez peut-être pas !

 

La controverse entre S. Freud et CG. Jung

 

Freud (gauche) et Jung (droite)

 

La conception du rêve

 

Le rêve est la réalisation d’un désir. Point de convergence ?

 

Nous commencerons, pour partir sur une base légère, par évoquer leur seul point de convergence : le rêve est la réalisation d’un désir !

Mais, rapidement, nos deux géants de la psychanalyse se sont opposés.

 

Pour CG. Jung, le rêve est la réalisation d’un désir uniquement dans les rêves de compensation par rapport à la vie diurne (un article sur « Les différents types de rêves » est à venir). Par exemple, lorsque vous rêvez que vous volez, alors que vous vivez un enfermement dans une vie professionnelle ou une relation qui ne vous convient pas du tout.

Pour S. Freud, cela s’applique à tous types de rêves.

Le rôle du rêve

 

S. Freud : nous l’avons vu dans le chapitre précédent, le rêve pour lui, fait office de censure, de dissimulation de nos souhaits. Il considère qu’ils ne sont pas avouables à notre part consciente et qu’il faut, par conséquent, les lui cacher.

CG. Jung, lui, pense qu’un souhait inconscient n’est pas un souhait refoulé et déguisé par incompatibilité avec les exigences de notre conscient mais vient naturellement de l’inconscient. Ah, cela vous soulage ! Vous n’êtes pas coupables, ne vous inquiétez pas !

 

La fonction du rêve

 

S. Freud disait que les rêves sont les « gardiens du sommeil »… Vous pouvez donc dormir tranquille selon lui.

CG. Jung, lui, objectait que non ! Souvent les rêves réveillent le rêveur ! (cf. article « Les troubles du sommeil » et notre guide « Comment se souvenir de vos rêves »). En effet, des découvertes récentes lui donnent partiellement raison : la remémoration de nos rêves est liée à des micro-réveils…

 

Les rêves et l’espèce humaine

 

Vous pensez être unique ? Détrompez-vous ! En rêves du moins.

Pour S. Freud, il existe des « rêves typiques » fait par un grand nombre de personnes et, selon lui, sans rapport avec leur vie personnelle. Il les considère comme des « résidus archaïques », reliquats d’une expérience ancestrale commune à l’espèce humaine.

 

Vous n’allez pas apprécier mais CG. Jung a renchéri en élaborant sa théorie d’un inconscient collectif qui se base sur cette question des sources communes.

Mais c’est pour mieux vous aider à dévoiler et consolider l’être unique qui est en vous par le processus d’individuation ! Rassurez-vous !

Aux « résidus archaïques », aux fossiles dévitalisés, il oppose des images qui expriment des thématiques que l’on retrouve dans les mythologies du monde entier. Elles ont une fonction qui leur est propre en raison de leur caractère historique. Elles forment le lien entre l’univers rationnel de la conscience et le monde de l’instinct… (pour approfondir le sujet, vous pouvez lire Essai d’exploration de l’inconscient et/ou suivre notre formation d’onirologue !)

 

La méthode d’interprétation des rêves

 

Un peu de suspense ! Vous devrez lire le chapitre suivant pour savoir ce qui les a opposé…

En revanche, voici l’unique point de convergence entre nos deux géants en terme d’interprétation : le rêve est le canal idéal pour instaurer un dialogue avec l’inconscient.

 

 

Les différentes méthodes d’interprétation

 

L’historique, la controverse, tout ça c’est bien beau, mais comment fait-on pour interpréter ces machins qui nous traversent toutes les nuits et repartent au matin sans explications ?

 

La méthode d’interprétation de S. Freud

En tant que « fondateur » de la psychanalyse, S. Freud aura le privilège de démarrer ce chapitre.

 

Nous l’avons vu précédemment, il distingue le récit du rêve qu’il appelle son contenu manifeste de ce qu’il cache, son contenu latent.

Si le rêve est agréable : il s’agit de l’accomplissement d’un désir.

Si le rêve est désagréable : il est l’expression d’un désir refoulé…

 

L’interprétation qu’il en fait se base donc sur l’association libre d’idées, de pensées, de souvenirs proches ou lointains dans le temps, qui émergent spontanément. Ils doivent être en relation avec le rêve interprété et le moins possible censurés par le jugement.

 

De fait, c’est très agréable, on parle de vous, de vous et de vous mais si vous n’avez pas envie de vous confier, de raconter votre vie, ou que vous n’avez pas de souvenirs (hum, là c’est suspect !) c’est compliqué ! Mais en même temps, c’est le principe. Si vous faites interpréter votre rêve, vous devez avoir envie de parler de vous, sinon, vous pouvez toujours aller faire des courses.

 

Pourquoi cette méthode d’interprétation ?

 

Elle est liée à sa conception de la formation du rêve. Selon lui, le rêve se forme par :

  • la condensation : plusieurs images, idées et époques sont concentrées dans une seule scène. Par exemple : vous rêvez de votre appartement actuel mais il s’y trouve la cheminée de la maison que vos grands-parents avaient quand vous aviez 5 ans.
  • le déplacement : processus qui consiste à déplacer l’émotion que provoquent le désir inconscient et les pulsions qui l’animent  sur un point secondaire. Ceci a pour effet de masquer le désir inconscient exprimé par le rêve. Par exemple : vous insistez lourdement sur la couleur du papier peint alors que vous êtes en train de régler un conflit avec votre belle-mère.
  • la figuration : ensemble d’images et de mots organisés comme dans le langage courant pour que le rêve soit le film cohérent dans sa forme que vous connaissez, mais qui permet d’en masquer le fond. La métaphore (cf. article « La formation du rêve ») joue un rôle important. Par exemple : vous rêvez d’une forêt en forme de cœur pour exprimer que l’action du rêve se passe au cœur d’une forêt.
  • l‘élaboration : elle rend le rêve intelligible, lui donne une forme de cohérence. Toutefois, dans la mesure où elle s’effectue au moment où le rêve est raconté (à soi-même ou à quelqu’un d’autre), elle agi comme une censure car mise aux normes du discours intelligible. Par exemple : « le poisson est cuit par des souris cuisinières qui le placent dans un plat. Le plat flotte au milieu de la rivière (cf. article « Structure du rêve »). A l’instar du surréalisme, ça ne semble rien vouloir dire mais la phrase est cohérente. Vous vous souvenez : « La terre est bleue comme une orange » de Paul Eluard ?

 

La méthode d’interprétation de CG. Jung

CG. Jung lui, s’appuie sur une approche symboliste et universelle. En effet, il est le grand découvreur de linconscient collectif, même s’il n’avait pas encore lu Les fourmis de Bernard Werber, il avait bien compris l’importance du partage d’un matériel psychique commun et inconscient. Un précurseur de la culture mondialiste me direz vous ? Je vous laisse juge. L’inconscient collectif transcende et englobe l’inconscient composé des vécus personnels et familiaux, il est commun à tous les êtres humains, quelles que soient leur histoire et leur culture.

Il utilise les archétypes, images véhiculées depuis les civilisations les plus anciennes, elle remontent aux origines de l’homme et passent d’une génération à l’autre (cf. article Les rêves et la mythologie).

Chaque archétype est composé d’une image et d’une émotion (pour en savoir plus, inscrivez vous à notre formation à l’interprétation des rêves ou à la psychanalyse active). Il est véhiculé par une énergie. La conscientisation de sa force et de son impact est le but d’une interprétation jungienne. En d’autres termes : il vous aide à prendre conscience des archétypes présents dans votre rêve et du mythe que vous avez mis en scène dans ce dernier, pour vous aider à comprendre quel héros vous êtes et vous rassurer.

Vous connaissez tous le mythe du héros invincible, auréolé de puissance et de beauté. Il se bat contre les forces du mal et triomphe de tous les obstacles mis sur sa route pour le bien de la cause qu’il défend. il s’agit d’un archétype !

Ce type de héros, de demi-dieu, est présent dans la plupart des légendes et mythes fondateurs partagés par l’humanité entière. Sa puissance d’impact est lié à la facilité que nous avons à nous identifier à ce personnage rassurant et réparateur (lorsque l’on se sent fragile par exemple – voir Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim). C’est la raison pour laquelle il est aussi très exploité aujourd’hui dans la plupart des productions littéraires et cinématographiques.

Les analystes jungiens utilisent l’interprétation des rêves pour le bien du rêveur qui sera conforté par la dimension collective des héros positifs de ses rêves. Et oui ! Vous n’êtes jamais seuls ! Et si un archétype semble négatif dans un rêve, il a toujours sa contrepartie positive. Un rêve pour Jung, n’est jamais négatif. Même un cauchemar recèlera une leçon de vie qui pourra vous aider à avancer !

(voir L’analyse des rêves, Tome I de CG. Jung)

La méthode d’interprétation de S. Ferenczi

Et là, vous vous dites, c’est bon, on sait comment le rêve se forme et comment il peut s’interpréter agréablement, je peux aller me coucher et en faire un sympa pour demain ! C’est sans compter sur S. Ferenczi, pour les plus tourmentés d’entre vous.

Il est le spécialiste du Trauma. Pour lui, le rêve est le moyen, pour les empreintes traumatiques, de remonter à la conscience. En d’autres termes, tout se passe comme si elles avaient une volonté propre d’être digérée, résolues. Vous avez reçu une fessée injustifiée à l’âge de 7 ans ? L’interprétation de votre rêve vous aidera à trouver un moyen de surmonter cela. Mais cela peut-être beaucoup plus grave bien entendu. Qui sait… la souffrance est très subjective et c’est ce qui fait aussi sa valeur.

Ainsi, certains rêves s’accompagnent de sensations pénibles au réveil, de douleurs physiques, d’émotions très désagréables. D’autres ont un contenu très symbolique (cf. article « Les différents types de rêves »). Cela indique, dans ce cas, que le psychisme a réalisé son travail de perlaboration. Je n’ai pas dit que le psychisme est un estomac mais… finalement, c’est un peu ça. Il digère et il élabore, il transforme la souffrance en source de bien-être. Un peu comme l’alchimiste transforme le plomb en or, sauf que là c’est VRAI !

S. Ferenczi, comme S. Freud, parle de « répétition traumatique » : « Il devient de plus en plus évident que ce qu’on appelle les restes diurnes sont en fait des symptômes de répétitions des traumatismes […] Une définition plus complète de la fonction du rêve serait alors – au lieu de « le rêve est l’accomplissement d’un désir » S. Freud – : tout rêve, même le plus déplaisant, est une tentative d’amener des évènements traumatiques à une résolution et à une maîtrise psychique meilleure… ce qui, dans la plupart des rêves, est facilité par une diminution de l’intelligence critique et par la prédominance du principe de plaisir. »

C’est ainsi que l’interprétation des rêves de ses patients gravement traumatisés qui semblent avoir un déficit d’affect (peu de sentiments et d’émotions) permet de donner un sens à leur trauma et leur permettre de le surmonter, grâce notamment au lien avec le thérapeute. En effet, ce lien permet la réémergence des traumas mais surtout de l’affectivité qui leur était attachée à l’origine. Il vous permet donc de récupérer votre richesse affective tout en surmontant les traumas. C’est sympa, non ?

 

 

La méthode d’interprétation de J. Lacan

Retour à S. Freud dont il a remis à l’honneur, en l’approfondissant, l’analyse du rêve au prisme des jeux de mots et des lapsus. Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient est paru en 1905. Mais nous avons vu que S. Freud n’a pas poursuivi ses recherches dans cette direction.

J. Lacan reste fidèle aux principes de condensation et de déplacement de S. Freud que nous avons vus plus haut dans cet article. Il articule la théorie Freudienne à la linguistique en comparant la condensation à la métonymie (ex. : boire un verre) et le déplacement à la métaphore (ex. : la bouche du fleuve, la cœur de la forêt), le contenu manifeste au signifiant (forme) et le contenu latent au signifié (fond).

 


 

Alors ! Pas trop perdus ?

Vous avez pu constater qu’il n’existe pas d’approche unique et de méthode absolue. Restez curieux et sélectifs, soyez ouverts !

A vos théories !!

 


Et comme d’habitude, les liens vers les ouvrages cités dans cet article !

 

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