Rêve et ésotérisme

Esotérisme, occultisme, pratiques divinatoires, magie, alchimie, pratiques réservées aux initiés… Difficile de s’y retrouver. Pour faire simple, nous allons parler d’ésotérisme en tant que synonyme de ce qui traite de l’invisible, de ce qui est caché.

Quel est le rapport avec le rêve ?

Le caractère déconstruit du rêve a poussé la plupart d’entre nous vers une interprétation ésotérique. Or, nous on vous dit que le rêve est construit par notre cerveau, par notre inconscient qui le structurent, comme un récit ! (cf. notre article : « Comment est construit un rêve ?« ).

En effet, ce que nous ne comprenons pas, ce qui n’est pas étayé par des bases scientifiques, nous conduit généralement à nous tourner vers des interprétations occultes, magiques. Ce qui n’est pas sans rappeler la pensée magique des enfants. Pour rassurer ceux qui ne partagent pas notre avis, nous précisions que nous n’affirmons pas que ces approches sont fausses mais que ce n’est tout simplement pas la nôtre !

Nous allons aborder les liens entre rêve et ésotérisme sous différentes facettes :

  • les rêves prémonitoires,

  • les rêves de communication avec un défunt,

  • les rêves d’autres univers,

  • les rêves et la religion.

Pour aller plus loin, nous vous proposerons bientôt un article sur chacun de ces thèmes et leur évolution à travers l’histoire. Même si religion et ésotérisme sont très différents, il nous a paru intéressant de l’évoquer car elle relève également de notre système de croyances.

Les rêves prémonitoires

Il est toujours réconfortant de penser que nous sommes capables de produire des rêves prémonitoires car cela représente une forme de garantie contre l’incertitude de ce que réserve l’avenir et nous donne un pouvoir sur les autres . Nous avons l’impression de savoir avant les autres et de pouvoir mieux nous protéger, nous préparer. De plus, nous avons le sentiment de ne pas être soumis à l’inéluctabilité/irréversibilité du temps, nous avons une avance sur lui ! En effet, le temps est LA dimension sur laquelle nous n’avons pas de prise… Contrairement à l’espace.

Alors, sans vouloir vous décevoir, nous pensons qu’il s’agit en fait de la conjonction de trois éléments :

  • une forte sensibilité,
  • de l’intuition, soit un « mode de connaissance, de pensée ou jugement, perçu comme immédiat. L’intuition serait le fait de pressentir ou comprendre quelque chose sans analyse ni raisonnement »,
  • une synchronicité. La synchronicité est définie par CG. Jung comme « l’occurrence simultanée d’au moins deux évènements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit ». Par exemple, au cours d’une même journée, il vous arrive de voir 4 ou 5 fois le modèle de voiture de votre ex petit ami… Il s’avère qu’en réalité, vous y pensez beaucoup depuis que vous vous êtes séparés, et ce jour-là plus particulièrement.

Ceci ne retire rien à vos capacités d’anticipation mais elles n’ont rien de divinatoire à notre avis.

La boule de cristal de la voyante ne nous semble pas être autre qu’un support qui lui permet de vous dire ce que sa fabuleuse intuition lui dicte, elle n’est pas magique.

Un patient m’a raconté avoir rêvé qu’il ne restait qu’un cheveu sur la tête de sa mère… Et elle est décédée le lendemain. ..

Ce rêve s’explique par le contexte. Le patient était très connecté à sa mère mais ne pouvait s’en occuper, vivant très loin de chez elle. La peur de la perdre avait accru sa perception du moindre détail de l’évolution de son état mais de manière inconsciente. Il était aux aguets, comme lorsque nous sommes en danger. Dès lors, chaque information était engrangée dans sa mémoire. Il a perçu que sa vie ne tenait qu’à un cheveu !

Histoire de rester dans ce registre, nous allons aborder les rêves dans lesquels nous communiquons avec une personne décédée justement…

Les rêves de communication avec un défunt

Souvent, ce type de rêves parlent de communication avec un proche décédé et sont extrêmement intenses de par la compensation qu’ils représentent ; en effet, le désir de communiquer avec cette personne est souvent tel que sa satisfaction génère des sensations très fortes chez le rêveur.

Par ailleurs, dans la plupart de ces rêves, le défunt indique où il se trouve et il peut apparaître en bien meilleure forme qu’avant son décès. Il s’agit bien souvent de « rêves de compensation ». Nous les définissons comme des formations oniriques « permettent de compenser, quel qu’en soit le niveau d’importance, un désir qui n’est pas satisfait dans votre vie diurne. Ce peut être un désir de moindre importance comme un désir profond et durable. Dans ce dernier cas, s’il n’est jamais satisfait, ce type de rêve pourra devenir un rêve récurrent » .

Le désir de savoir le proche parent ou ami en sécurité et veillant sur nous induit ce type de représentations. Surtout si ces rêves apparaissent peu de temps après le décès de cette personne ou dans une période où elle nous manque. Ce peut être le cas de moments où elle avait l’habitude de nous aider de ses conseils ou des situations où elle aurait pu nous venir en aide. Une décision à prendre, un choix de vie important, un besoin de réconfort après une rupture ou une aide financière après la perte de son travail, etc., ou tout simplement un regret de n’avoir pu exprimer à cette personne ce que nous avions sur le cœur, ou encore celui de n’avoir pu lui dire au revoir. Il peut aussi s’agir de moments heureux que nous avions l’habitude de passer avec ce proche, comme les anniversaires ou les fêtes de Noël, ou des moments privilégiés…

Ce type de rêve peut également s’interpréter à partir de la fonction du personnage dont on rêve. Par exemple, vous rêvez que votre père est en excellente santé dans un endroit de rêve. Cela peut signifier, en fonction du contexte bien entendu, que votre « fonction paternelle » est en pleine forme ou aurait besoin de restaurer sa forme dans l’environnement adéquat. Nous entendons par « fonction paternelle », la part de vous qui rempli ce rôle auprès de vous.

Eh oui ! A l’âge adulte, lorsque nous avons « coupé le cordon » avec nos parents, nous sommes notre propre papa et notre propre maman ! Plus précisément, nous avons intégré les fonctions de nos parents dans notre psychisme et sommes (presque) capables de nous passer d’eux ! Cela est relié – en partie – à la formation de notre Sur-moi, soit la partie de notre structure psychique qui joue le rôle de modèle idéal, de juge, de censeur en opposition aux désirs, aux pulsions, et qui se développe dès la petite enfance par identification aux images parentales. Cela ne rend pas leur absence facile car la part de l’affectif est importante mais sur le plan des besoins, nous sommes autonomes.

Les rêves d’autres univers

Vous avez peut-être déjà eu l’impression que votre esprit voyage dans des univers parallèles au notre durant votre sommeil. Certains scientifiques évoquent leur existence, mais l’esprit n’est pas une entité qui voyage hors du corps. Notre cerveau émet des ondes et nous permet de contrôler notre corps, consciemment ou non, mais notre esprit ne peut se détacher de lui comme une entité à part entière. Les deux sont intimement liés, l’un n’existe pas sans l’autre.

Les rêves d’autres univers que le notre, de mondes parallèles, sont souvent le fait de rêveur dotés d’une grande imagination, de lecteurs invétérés, de joueurs de jeux vidéos, de créatifs, de superstitieux, etc…

Nous pensons qu’il existe un parallèle entre notre personnalité et le type de rêves que l’on produit. En fonction des différents noyaux de personnalités (histrionique, dépendant, évitant, obsessionnel compulsif, paranoïaque, schizoïde, borderline…), le contenu et la structure de nos rêves varie. Avant d’aller plus loin, rassurez-vous, nous avons tous les noyaux de personnalité en nous et ils sont activés par les situations que nous vivons.

Les rêveurs dotés d’une grande imagination peuvent avoir un noyau schizoïde développé (on vous le répète, sans pour autant présenter de pathologie, ceci est NORMAL). C’est à dire, une propension à avoir un monde intérieur très riche.

Les joueurs de jeux vidéos sont habitués à vivre dans des univers virtuels et riches (tels que les jeux de rôles pour n’en citer qu’un), et sont susceptibles de rêver d’autres univers inspirés de ces jeux, particulièrement après une session nocturne ou avant d’aller se coucher.

Un des plus grands fantasme de l’être humain est de défier le temps qui passe. Il ne peut se résoudre à l’idée que la mort est la fin de son temps sur terre. Aussi, il lui est réconfortant de se dire que si sa fin est inéluctable, il peut néanmoins « vivre » après la mort. Ce qui est vrai d’une certaine manière puisqu’il retourne à la matière. Aussi, il imagine ce que peut être la vie après la mort, vidant ainsi ce mot de tout son sens, mais c’est le but ! Ainsi, il nous arrive de rêver de l’au-delà. Il peut s’agir d’une représentation de ce fantasme. Un rêve de compensation pouvant survenir dans des moments d’anxiété intenses, de doute, d’épuisement mental.

Les rêves et la religion

Nous ne traiterons pas ici de l’histoire des liens entre rêve et religion qui est un bien trop vaste sujet mais de l’apparition de personnages liés aux religions.

Loin de nous l’idée de prétendre que la religion relève de l’occultisme mais il arrive que cela soit le cas de l’interprétation qui est faite des symboles religieux dans les rêves.

Rêver que Dieu nous parle en rêve prend un sens différent, que l’on soit Chrétien ou pas. L’interprétation dépendra, comme d’habitude, du contexte onirogène du rêveur. Dans le premier cas, la symbolique est partagée avec tout un groupe, il s’agit de symboles culturels. Par culture, on entend ici les traits qui caractérisent des traditions et croyances communes. Nous ne nous permettrons pas d’interpréter le sens religieux de tels rêves. Mais, toute personne, croyante ou non, dispose du même appareil psychique et l’interprétation commune à tous, dans un tel cas de figure pourrait être la suivante : le message délivré est celui de notre instance psychique « supérieure », à savoir notre Sur-moi (cf. la seconde topique Freudienne). C’est à dire l’instance qui nous dit comment nous comporter, ce qui est raisonnable et moral, éthique.

Il peut donc s’agir de messages relatifs à ces différents domaines. Cette interprétation s’applique à toutes les religions.

Mais plus largement, tous les personnages de la Bible ou des autres textes fondateurs des religions monothéistes peuvent être vus comme des archétypes (voir les ouvrages de CG. Jung cités en fin d’article). Et les rêves peuvent être interprétés en fonction de ce paramètre. L’enfant divin (l’enfant en nous), la Vierge Marie (l’anima), etc. Dans vos rêves, ils sont une manifestation de ces fonctions psychiques et, selon le scénario de votre rêve, vous pourrez savoir où vous en êtes sur ces différents plans.

Françoise Dolto, dans L’évangile au risque de la Psychanalyse nous dit : « En lisant les évangiles, je découvre un psychodrame. Les mots mêmes avec lesquels ils sont racontés, la sélection des phrases, le choix de certains thèmes peuvent être entendus d’une autre manière depuis la découverte de l’inconscient et de ses lois par Freud. Les découvertes actuelles de la psychanalyse, dialectique et dynamique de l’inconscient, sont illustrées par ce psychodrame qu’on nous relate.

A l’élaboration des évangiles président, entre autres, les lois de l’inconscient de Jésus, des rédacteurs et des premiers auditeurs. Ces lois font partie intégrante de la structure de ces récits. Pourquoi ne pas aborder leur lecture avec ce nouvel outil : la psychanalyse ? »

Interpréter les rêves où il est question de religion à l’aune de la psychanalyse, peut permettre de comprendre où nous en sommes de notre développement psychique, en profitant des métaphores utilisées dans les textes religieux. La résurrection en est un bon exemple.

Les rêves en rapport avec la religion peuvent aussi contenir des symboles plus matériels. Par exemple, si vous rêvez d’une église, ou d’un autre monument religieux, selon votre culture, cela fait peut faire référence à votre système de croyances. Si elle menace de s’écrouler, il est sans doute temps d’établir un autre système ou bien de chercher ce qui vous fait douter et menace l’édifice. Si elle est au contraire, en construction, c’est tout un univers qui se construit. C’est souvent le cas au début de l’âge adulte, où on met en place nos propres références dans notre rapport au monde.

Conclusion

Que cela soit raisonnable ou non, justifié ou non, nous avons toujours eu besoin d’échapper au réel lorsqu’il est trop difficile à appréhender ou lorsqu’une pause est nécessaire pour réunir nos ressources afin de l’affronter. Et les rêves sont une des voies royales qui le permettent.

Rationnaliser l’interprétation des rêves n’est pas incompatible avec la magie et l’enchantement qu’ils peuvent nous procurer. Il s’agit simplement d’éviter de se perdre dans des croyances qui ne nous permettent pas toujours de nous consolider pour revenir à la réalité et ne se prêtent pas à notre approche de l’interprétation des rêves.

A propos de la compatibilité entre rationalité et enchantement, je vous laisse méditer cet écrit de CG. Jung :  « Il est exclu que l’inconscient puisse être entièrement vidé, pour la simple raison que ses forces créatrices sont toujours en mesure d’engendrer des formes nouvelles. La conscience, si vaste qu’elle puisse être, est et reste le petit cercle à l’intérieur du grand cercle de l’inconscient, l’île environnée par l’océan; et, tout comme la mer, l’inconscient, lui aussi, donne sans cesse naissance  à une foule innombrable et toujours renouvelée d’êtres vivants dont on ne peut espérer saisir toute la richesse. »

Faites de votre réalité un support pour votre développement personnel à l’aide du rêve !

Références

A propos de la synchronicité :

Synchronicité et Paracelsica (28 janvier 1988 – de CG. Jung, chez Albin Michel)

A propos du Sur-moi :

Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse (1989, de Sigmund Freud, Paris, Gallimard, 1989)

The psychological principles of early analysis (Les principes psychologiques de l’analyse des jeunes enfants) in Essais de psychanalyse (Paris, Payot, 1968, de Mélanie Klein)

A propos des archétypes, des symboles universels :

L’Homme et ses symboles (Gallimard, coll. « Folio », 1988, de CG. Jung)

Psychologie de l’inconscient (LGF, coll. « Le livre de poche », Paris, 1996, de CG. Jung)

Métamorphoses de l’âme et ses symboles (Paris, LGF, coll. « Livre de Poche », 1996, de CG. Jung)

Le Moi et le ça (1923, Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse T. XVI 1921 – 1923, PUF, 1991)

A propos de la compatibilité entre psychanalyse et religion :

L’évangile au risque de la psychanalyse (tomes 1 et 2, Poche, de Françoise Dolto)

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